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Axiomatique, Greg Egan

Fire – Arthur Brown (extrait de l’album The Crazy World Of Arthur Brown)

L’inconvénient principal de la littérature, quand on en est passionné.e autant que curieux.se, c’est bien qu’on en finit jamais. Un conseil, un coup d’œil à une couverture, ou simplement une prise de risque aveugle, sont autant de chances de voir nos horizons s’élargir sous nos yeux, sans rien d’autre qu’un renoncement désabusé mais souriant.
J’ai rencontré Greg Egan à travers sa novella Cérès & Vesta, publiée dans la collection Une-Heure-Lumière, qui m’avait alors fait un sacré effet. Comme à mon habitude à l’époque, je m’en étais ouvert sur Twitter, où l’éditeur lui même m’expliqua succinctement à quel point Greg Egan était un auteur massif dans le paysage de la science-fiction moderne. Dont je n’en avais jamais entendu parler avant. Un nouveau manque à combler donc. Soit. Et sur les bons conseils reçus, je me commandai dans la foulée Axiomatique, pour approfondir ma connaissance de l’auteur et savoir si je devais m’attendre à devoir allonger ma PàL avec ses ouvrages, en plus de tous les autres déjà présents.

Comme pour tous les recueils de nouvelles chroniqués ici, je ne rentrerai pas dans le détail, d’autant qu’après un certain temps écoulé tout de même depuis ma lecture, je confesse que certains souvenirs sont flous. Mais le sentiment global et mon avis sur l’ouvrage demeurent, aux côtés de quelques souvenirs solides. Et oui, j’ai très vite compris pourquoi Greg Egan est un représentant important de la science-fiction moderne. Ne serait-ce que parce que son talent pour la conceptualisation ne connait que peu d’égaux dans mon horizon de connaissances. Je pourrais même dire sans trop prendre de risque qu’il m’a donné certains de mes plus gros vertiges intellectuels. Impossible aujourd’hui de ne pas faire un parallèle avec Ted Chiang et sa Tour de Babylone, dont je pense pouvoir affirmer qu’ils partagent certaines ambitions communes, dans la création d’idées scientifiques comme dans l’étude de leurs potentielles ramifications. Mais j’ai largement préféré le travail d’Egan, notamment pour son goût de la vulgarisation, et son envie d’ancrer ses concepts dans des mécaniques et des raisonnements un peu plus humains et moins cliniques. Je n’aime pas trop parler de livres par comparaisons, mais pour demeurer cohérent dans la démarche, j’y suis un peu obligé ici, je le crains. Si Ted Chiang me donnait l’impression de à se servir de ses personnages comme des outils d’exploration de ses concepts, Greg Egan me donne le sentiment plus plaisant d’avoir des idées, des concepts, et de s’en servir comme outil, d’exploration de ses personnages. Certaines nouvelles tombent dans le même travers, et se contentent surtout de faire la présentation d’une idée scientifique novatrice et perdent donc beaucoup de temps à expliquer plutôt qu’à raconter, ce qui à le dont de me frustrer, mais la majorité essaie surtout de poser des questions à travers les interrogations des personnages, ce dont je suis bien plus friand.

Une vraie diversité dans les traitements donc, au fil des nouvelles, abordant beaucoup de thèmes différents ou parfois faisant lien entre elle autour d’un concept commun. Les tons varient, le pivot de la réflexion se constitue autour des possibilités offertes par la science et la technologie, mais surtout ce qu’en font les humains. Ceci confère à l’ensemble un sous-texte politique et critique qui n’est absolument pas pour me déplaire, car profondément humain, même par certains de ses aspects les moins agréables. Et si Greg Egan semble parfois un peu se disperser dans les concepts qu’il construit, même dans les nouvelles qui m’ont le moins séduites, il sait faire l’effort de déployer des réflexions et des questions pertinentes. Si j’ai pu en effet, à quelques reprises, lever un sourcil dubitatif ou me gratter le crâne en n’étant pas sûr exactement du lièvre qu’il voulait soulever ; il y avait toujours un élément en arrière plan, une petite phrase, ou parfois, avouons le, les simples forces du concept et de son développement, pour me faire me dire que je n’avais pas pour autant perdu mon temps.

Ce qui transparaît, à mes yeux, au fil de ces pages, c’est l’esprit brillant d’un homme dont les idées volent bien plus haut que les miennes ou celles du commun des mortel.le.s, et qui cherche à en faire un usage aussi utile que beau. Cela donne un recueil très dense, par rares moments à la limite de l’indigeste, mais dont les bonnes intentions font bloc. D’autant que certaines nouvelles, pour le coup, font complètement abstraction de quelconques explications et prennent leur concept comme un simple point de départ, comptant sur notre suspension consentie de l’incrédulité pour mieux raconter une histoire avant toute chose, et parfois même insister sur les émotions. Et bien que ce ne soit pas le point fort de Greg Egan, bien meilleur à mon avis dans l’analyse et la déconstruction, lorsqu’il se pousse lui-même dans ses derniers retranchements, il parvient à faire très fort ; une nouvelle en particulier reste pour moi une merveille de délicatesse, aussi puissante, sans doute parce qu’elle détonne avec le reste du recueil.

Et ainsi, le nom de Greg Egan s’ajouta à la longue liste des auteurs et autrices dont il me faudrait à l’avenir creuser la bibliographie avec diligence et attention. Et si, en effet, son goût pour la science-fiction plus technique et les explorations en profondeurs de concepts à la fois perchés et/ou documentés m’ont parfois laissé dubitatifs, son talent n’est à aucun cas à remettre en cause. Pour finir par là où j’ai commencé, il constituerait à mes yeux un pont intéressant entre le travail de Ted Chiang et celui de Ken Liu, en ce qui concerne les nouvelles en tout cas. Un point quasi équidistant entre le goût du premier pour les problèmes plutôt que les gens qui y sont confrontés et la délicatesse du second et son talent inégalé pour raconter sans trop expliquer et toucher l’essence des choses. Ma part du travail, désormais, ce sera donc d’en savoir plus de Greg Egan pour pouvoir mieux le définir par lui même plutôt que par les ouvrages d’autres autrices et auteurs. Tant mieux, il m’en a donné l’envie.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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